Tu n’as fait que passer, mais tu as tout changé
15 février 2026
En mémoire de Tao
Voici l’histoire de notre fils Tao.
texte écrit par Sophie et Ludovic, les parents de Tao
Nous savons que notre démarche peut sembler déroutante. Peut-être inhabituelle. Peut-être difficile à comprendre pour certains. Mais pour nous, c’est très important. C’est la seule chose que nous pouvons faire pour lui en tant que parents. Lui offrir ce moment. Cet espace. Cette reconnaissance. Bref, une place. C’est aussi la seule occasion que nous avons de vous le présenter. De faire exister notre fils Tao auprès de ceux que nous aimons. À travers cette démarche, nous affirmons qu’il a été là. Qu’il est notre fils. Et que sa vie, aussi brève soit-elle, mérite d’être entourée et honorée. Ce que nous allons vous lire est né d’un texte que nous avons écrit pour lui. Nous lui avons raconté son histoire. Avant sa naissance. Puis après son départ. À partir de cette histoire, nous avons écrit ces mots. Une version plus courte, plus simple. Pour que vous puissiez le connaître. Pour que vous sachiez d’où il vient. Combien il a été attendu. Combien il est aimé. Voici l’histoire de notre fils Tao.
Tao a commencé à exister bien avant sa naissance. Dès le début de notre relation, nous savions que nous voulions des enfants. Nous avons construit notre couple, notre maison, notre vie. Nous avons attendu le moment que nous pensions être le bon. À cause de mon endométriose, les médecins nous ont rapidement expliqué que cela serait compliqué. La PMA est alors devenue l’option la plus probable d’après les médecins. Je n’étais pas prête à l’entendre. J’espérais que cela fonctionnerait naturellement. Pendant plus de deux ans, nous avons essayé. Sans succès. Les mois passaient, les espoirs montaient puis s’effondraient.
En 2019, après ces premiers échecs, nous avons commencé à envisager un autre chemin. Nous avions beaucoup d’amour à donner. Et nous savions que, même si un enfant arrivait un jour, cet amour serait toujours assez grand pour d’autres. C’est à ce moment-là que nous avons découvert la possibilité de devenir famille d’accueil. Au départ, c’était une idée née de la douleur et des échecs. Puis, peu à peu, c’est devenu une évidence pour nous deux. Accueillir des enfants chez nous. Leur offrir un cadre, de la stabilité, de l’attention. Ouvrir notre maison et notre vie autrement. Ce projet a mis du temps à se construire, mais il a grandi en nous avec conviction.
La même année, l’endométriose s’est aggravée et j’ai dû être opérée. Après cette opération, nous avons engagé le parcours de PMA. Nous avons enchaîné les tentatives. Beaucoup. Des stimulations. Des transferts. Beaucoup d’attente interminables. Des espoirs. Beaucoup d’échecs. Beaucoup de déceptions.
En 2023, une grossesse, enfin... extra-utérine Un nouvel espoir brutalement interrompu. Une douleur physique violente. Et encore une fois, l’effondrement après s’être autorisés à y croire.
Puis, en 2025, nous avons réellement commencé cette nouvelle vie avec des enfants placés. Nous apprenions à aimer autrement. Nous construisions une famille différemment. Et ce choix ne remplaçait rien. Il élargissait simplement notre capacité à aimer.
Et c’est à ce moment-là que Tao est venu. Après tant de tentatives non abouties. Alors que nous commencions concrètement cette nouvelle étape de vie. Il est arrivé là où on ne l’attendait presque plus. Il s’est accroché.
La grossesse a été compliquée. Dès le deuxième mois, j’ai commencé à avoir des douleurs de sciatique. Elles se sont installées très tôt. Et à partir du troisième mois, elles sont devenues de plus en plus fortes. À quatre mois, elles étaient insupportables. Je dormais à peine trois heures par nuit. La douleur était permanente. Elle m’empêchait de profiter pleinement de la grossesse et de me connecter à Tao comme je l’aurais voulu.
À quatre mois et demi, une sage-femme a découvert que mon col était dilaté. La poche des eaux descendait. Un cerclage a été posé en urgence pour resserrer le col, mais pendant l’intervention, la poche des eaux s’est rompue.
À partir de ce moment-là, tout est devenu fragile. Il n’était plus protégé comme il aurait dû l’être. Le risque d’infection était permanent. Il était encore beaucoup trop petit. Il fallait qu’il reste. Chaque jour gagné était une victoire.
Nous avons vécu plus de deux mois à l’hôpital, sous surveillance constante. Prises de sang, monitoring, échographies. Ludovic est resté dormir avec moi. Nous vivions suspendus aux battements du cœur de notre fils Tao. Et il tenait. Jour après jour. Semaine après semaine.
Nous lui parlions. Nous lui faisions écouter de la musique. Nous suivions des séances d’haptonomie Nous créions du lien avec lui. Malgré les difficultés, c’était un temps suspendu. Un temps pour l’attendre. Un temps pour l’aimer déjà.
Nous avons choisi son prénom seulement quelques semaines avant sa venue. Tao. Dans la pensée chinoise, le Tao signifie « la voie, le chemin ». Il est souvent associé à l’équilibre entre les opposés. Et. pour nous, il représente cet équilibre. Entre sa mère et son père. Deux personnalités très différentes. Deux manières d’être, parfois opposées. Mais qui, ensemble, s’assemblent parfaitement. Notre fils Tao est ce point d’équilibre. Notre voie du milieu.
Puis un vendredi soir, quelque chose a changé. Je me sentais mal. Des nausées. Des douleurs. Et surtout, je sentais Tao beaucoup moins bouger. Une échographie a montré qu’il y avait encore moins de liquide amniotique. Le lendemain, une prise de sang a révélé une infection, probablement liée à la rupture de la poche des eaux. Il a fallu retirer le cerclage. Nous sommes partis en salle de naissance. À ce moment-là, malgré l’infection, nous étions inquiets mais confiants. Tao était à 32 semaines et 2 jours. Beaucoup d’enfants naissent à ce terme. L’hôpital était habitué à prendre en charge les prématurés. Le travail a duré toute la nuit. Les contractions augmentaient. Son petit cœur ralentissait par moments. Une césarienne a finalement été décidée. Nous pensions que nous allions enfin le rencontrer.
L’intervention a été extrêmement compliquée. Elle a duré sept heures. Trois chirurgiens ont dû intervenir pour atteindre l’utérus de Sophie et faire naître notre fils Tao. Nous sommes restés l’un contre l’autre derrière le drap opératoire. Sophie était sous péridurale uniquement, elle ne voulait pas manquer l’arrivée de son fils. Nous entendions tout. Puis ils nous ont dit qu’il sortait. Après des heures au bloc opératoire, il est né. Nous ne l’avons pas vu. Tao est parti avec les pédiatres.
Plus de vingt minutes plus tard, ils sont revenus. Cela a duré une éternité pour nous.
Le petit cœur de notre fils Tao n’a pas démarré. Ces mots ont tout arrêté. Cette phrase reste irréelle. Inacceptable. Inconcevable.
Les médecins ont alors dû endormir complètement Sophie pour pouvoir la refermer. L’intervention a encore duré plus de trois heures. J’ai pu prendre Tao dans mes bras. Je suis resté contre lui en peau à peau pendant qu’on refermait le ventre de Sophie. Quand Sophie s’est réveillée, elle a pu rencontrer Tao.
C’était le moment le plus beau et le plus douloureux de nos vies. Nous avons passé des heures avec lui. Nous l’avons regardé. Touché. Aimé. Nous avons passé la soirée avec lui. Je lui ai donné un bain. Je l’ai habillé. Sophie participait comme elle pouvait, encore sous l’effet des anesthésiants. Nous lui avions choisi un petit pyjama, un bonnet, des chaussons. C’était un peu grand pour lui. Il était magnifique. Nous avons pris des photos. Nous avons pris ses empreintes. Ses mains et ses pieds étaient minuscules.
Il était petit. Il était magnifique. Il était notre fils.
Nous avons dû ensuite lui dire au revoir. Organiser ses obsèques. Faire pour lui ce que des parents ne devraient jamais avoir à faire. Depuis, le silence a pris une place immense. Il a bouleversé nos vies. Il a bouleversé nos familles, nos amis, les soignants qui nous ont accompagnés. Mais personne ne peut mesurer exactement ce que nous avons perdu.
Il était attendu depuis des années. Il était désiré avec une intensité que peu de mots peuvent décrire. Il est aimé chaque jour.
Le lendemain, nous avons encore passé du temps avec Tao avant qu’il ne parte au reposoir. J’ai organisé ses obsèques. C’est le minimum que j’ai pu faire pour notre fils. Pour ses obsèques, nous avons décoré son cercueil comme si c’était son petit lit, sa petite chambre. Nous y avons posé son logo, celui que nous avions imaginé et créé pour lui avant sa naissance. Un symbole pensé pour Tao, par nous. Ce signe restera avec nous. Il nous accompagnera toute notre vie. Comme une trace indélébile. Comme une manière de ne jamais le quitter, de ne jamais pouvoir l’oublier.
Il y a des souvenirs que je ne pourrai jamais avoir avec lui.
Ses premiers pas.
L’entendre nous appeler “Papa” et “Maman”.
Lui apprendre à faire du vélo.
L’aider à faire ses devoirs.
Le sermonner pour sa première bêtise.
Lui transmettre ce que mon père m’a transmis.
Me disputer avec lui… puis me réconcilier.
Lui donner des conseils qu’il n’écouterait pas tout de suite.
Le voir devenir un homme.
Tao est arrivé après des années de combat. Après des traitements. Après des échecs. Après une grossesse extra-utérine. Après avoir élargi notre foyer et notre capacité à aimer.
Et si sa vie a été brève, elle a été immense dans nos cœurs. Il restera pour toujours notre fils. Notre petit garçon. Notre Tao.
Et il est aimé. Aujourd’hui. Pour toujours.
Ces photos nous sont précieuses. Merci de les recevoir avec douceur et de respecter l’intimité de Tao et de notre famille, en ne les partageant pas sur les réseaux sociaux ni sans notre accord.
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